Quand on commence à viser le conseil en stratégie, on a souvent un réflexe : viser McKinsey, BCG, Bain, et rien d’autre. Sauf que derrière ces trois noms se cache un écosystème bien plus large de cabinets qui font du conseil de haut niveau, recrutent des stagiaires chaque année et offrent parfois une exposition plus rapide aux clients. Tu vas voir ici comment lire ce paysage, ce que recouvre vraiment l’étiquette « tier 2 », et comment construire une stratégie de candidature qui ne mise pas tout sur trois enveloppes.

« Tier 2 » : une étiquette pratique, pas une catégorie homogène

Le terme « tier 2 » est commode mais trompeur. Il sert à désigner « tout ce qui n’est pas MBB » dans le conseil en stratégie, ce qui regroupe des cabinets aux modèles très différents. Mets dans le même sac un grand cabinet généraliste international et une boutique de quinze personnes ultra-spécialisée, et tu compares des métiers qui n’ont pas grand-chose en commun.

Quelques familles utiles à distinguer :

  • Les généralistes de stratégie : structure proche des MBB, missions de stratégie d’entreprise, présence internationale, équipes nombreuses.
  • Les branches stratégie des grands réseaux : les entités conseil rattachées aux grands cabinets d’audit et de services professionnels, souvent fortes sur la transformation, le digital ou les opérations.
  • Les spécialistes sectoriels : cabinets concentrés sur un secteur (santé, énergie, luxe, tech…) où ils accumulent une expertise rare.
  • Les boutiques : petites structures, parfois fondées par d’anciens partners MBB, positionnées sur un type de problème précis.

Avant de classer un cabinet, demande-toi ce qu’il fait concrètement, pour quels clients, sur quels sujets. C’est ça qui détermine ton quotidien, pas le rang qu’on lui attribue dans une conversation de couloir.

Ce qui change vraiment par rapport aux MBB

Si tu hésites entre cibler un MBB et un tier 2, regarde au-delà du prestige. Plusieurs dimensions changent l’expérience.

L’exposition et le staffing

Dans une équipe plus petite, tu te retrouves souvent plus tôt en contact direct avec le client, avec moins de couches hiérarchiques au-dessus de toi. C’est un accélérateur d’apprentissage pour certains, une source de stress pour d’autres. À l’inverse, les structures plus grandes offrent davantage de formation cadrée, de mobilité interne et de variété de missions.

Les types de missions

Certains tier 2 sont d’excellents endroits pour faire de la stratégie pure ; d’autres te feront surtout de la transformation, du conseil opérationnel ou du due diligence pour des fonds. Aucun n’est « mieux » dans l’absolu : tout dépend de ce que tu veux apprendre. Si la valorisation et les deals t’attirent aussi, jette un œil aux différences entre conseil et M&A avant de t’enfermer dans une seule voie.

La culture et la marque

La marque MBB ouvre des portes presque partout après quelques années. Un bon tier 2 ouvre des portes ciblées, souvent dans son secteur de prédilection. Si tu sais déjà que tu veux faire ta carrière dans l’énergie, par exemple, un cabinet réputé dans l’énergie peut t’apporter un réseau plus pertinent qu’un généraliste.

Le bon cabinet n’est pas le plus connu : c’est celui dont les missions ressemblent à ce que tu veux faire dans deux ans.

Le recrutement : proche des MBB, avec des nuances

Bonne nouvelle si tu prépares déjà les MBB : tu prépares aussi les tier 2. Le tronc commun est le même.

  • Étude de cas : la plupart évaluent ta capacité à structurer un problème business, à manier des chiffres simples et à conclure. Si tu maîtrises la méthode de résolution d’un cas, tu es armé pour la majorité des entretiens.
  • Fit : on cherche à comprendre ta motivation, ta capacité à travailler en équipe et ta cohérence de parcours.
  • Tests : certains cabinets utilisent des tests en amont (logique, numérique). Le format varie d’un cabinet à l’autre, à vérifier au cas par cas.

Les nuances tiennent surtout au nombre de tours, au degré de formalisme et à l’importance donnée à la connaissance du secteur. Un spécialiste sectoriel appréciera que tu montres un vrai intérêt pour son domaine ; un généraliste regardera davantage ta polyvalence.

Ce qui peut faire la différence

  • Montrer que tu connais le positionnement précis du cabinet, pas un discours interchangeable.
  • Citer un type de mission ou un secteur qui colle à leur réalité.
  • Avoir un avis construit sur un sujet d’actualité du secteur visé, sans réciter.

Comment cibler intelligemment

Postuler partout « au cas où » est une mauvaise stratégie : tu disperses ton énergie et tes lettres sonnent creux. Procède plutôt par cercles.

  1. Définis ce que tu cherches : un secteur, un type de problème, une taille d’équipe, une zone géographique.
  2. Identifie les cabinets de ce cercle : recoupe les structures qui interviennent réellement sur ces sujets. Regarde leurs publications, leurs offres, le profil de leurs équipes.
  3. Vérifie qu’ils recrutent ton profil : tous n’ouvrent pas de stages chaque semestre, et certains préfèrent des profils en fin de cursus. Le calendrier est à vérifier cabinet par cabinet, il bouge.
  4. Personnalise : une candidature ciblée vers cinq cabinets cohérents vaut mieux que vingt envois génériques.

Garde aussi en tête que beaucoup de ces cabinets recrutent en plus petit volume que les MBB. Le bouche-à-oreille, les forums école et le contact direct avec d’anciens stagiaires pèsent souvent plus lourd ici.

Construire un parcours, pas une collection de noms

Le piège classique est de raisonner en logo : empiler les marques prestigieuses comme on collectionne des badges. Les recruteurs, eux, lisent un parcours : est-ce qu’il y a une logique, une progression, des compétences qui s’accumulent ?

Un stage dans un tier 2 où tu as réellement structuré une analyse, présenté à un client et porté un livrable raconte une bien meilleure histoire qu’une ligne floue dans un cabinet plus prestigieux où tu n’as fait que de la mise en forme. Quand viendra le moment de l’entretien suivant, c’est cette matière concrète qui te servira.

Pense aussi à la suite. Un premier stage en tier 2 sectoriel peut être un excellent tremplin vers un MBB, vers un fonds, ou vers une fonction en entreprise. L’inverse est vrai aussi. Aucun choix de départ ne t’enferme, à condition que chaque étape t’apporte des compétences identifiables.

Par où commencer ta short list

Pour te lancer sans te noyer :

  • Liste trois secteurs ou types de missions qui t’attirent vraiment.
  • Pour chacun, repère deux ou trois cabinets crédibles sur le sujet, MBB inclus pour comparer.
  • Renseigne-toi sur leur process et leur calendrier de recrutement (à dater, car il évolue).
  • Prépare un socle commun de cas et de fit, puis ajoute une couche de connaissance spécifique par cabinet.

Tu obtiens ainsi une liste réaliste, personnalisée, et des candidatures qui montrent que tu sais pourquoi tu frappes à cette porte précise plutôt qu’à une autre. C’est exactement le signal qu’un recruteur attend d’un futur consultant.