En entretien junior de marché, on commence généralement par les produits simples avant un éventuel exotique. Forwards et futures, options, puis swaps de taux forment un socle fréquent, même si la profondeur attendue dépend du desk. Cet article donne l’intuition de chacun, les hypothèses à annoncer et les raccourcis qui deviennent faux hors de leur cadre.

Pourquoi les dérivés sont partout

Un produit dérivé, c’est un contrat dont la valeur dépend d’un autre actif : une action, un taux, une devise, une matière première. On les utilise pour deux raisons opposées mais complémentaires : se couvrir contre un risque, ou prendre une position dessus. C’est cette double fonction qui les rend centraux, et c’est elle que tu dois savoir illustrer.

Ce qu’un desk vérifie, ce n’est pas ta connaissance des formules, mais ta capacité à dire à qui sert le produit, contre quel risque, et qui se trouve de l’autre côté de la transaction.

Garde ce fil rouge en tête : derrière chaque produit, il y a un client avec un besoin. Le sales le vend, le trader gère le risque qui en découle. Relier le produit à cet usage réel est ce qui distingue un candidat qui a compris d’un candidat qui a appris.

Forwards et futures : l’engagement à terme

Le payoff

Un forward est un engagement ferme d’acheter (ou de vendre) un actif à une date future, à un prix fixé aujourd’hui. Pas d’option, pas de choix : à l’échéance, l’acheteur paie le prix convenu quoi qu’il arrive. Son payoff par unité vaut S(T) − K, où S(T) est le prix à l’échéance et K le prix de livraison. La droite passe par zéro lorsque S(T) = K : le gain dépend du prix final par rapport à K, pas simplement d’une hausse depuis aujourd’hui.

Le future fournit une exposition économique proche, mais il est standardisé, négocié sur un marché organisé, compensé et réglé quotidiennement par appels de marge. Ces flux intermédiaires peuvent créer une différence de valorisation avec un forward, notamment lorsque taux et sous-jacent sont corrélés. La chambre de compensation et le collatéral réduisent fortement le risque de contrepartie ; ils ne le rendent pas nul.

Le cost of carry en intuition

Une question de suivi fréquente est : « comment fixe-t-on le prix forward ? ». Réponds par le coût de portage. Acheter l’actif aujourd’hui coûte de l’argent à financer ; le détenir peut aussi rapporter un dividende ou entraîner des coûts de stockage. Le prix de livraison forward se déduit du comptant et de ce portage net sous les hypothèses de non-arbitrage.

Exemple chiffré simple : une action cote 100 €, le taux de financement simple est de 5 % sur un an, et elle ne verse pas de dividende. En ignorant frictions et conventions de capitalisation, le prix de livraison forward vaut environ 105 €. Un dividende certain de 3 € reçu pendant la période réduit ce coût de portage ; sa valeur et sa date doivent toutefois être actualisées plutôt que retranchées mécaniquement dans un calcul précis.

Les options : le droit, pas l’obligation

Call et put, les payoffs

Une option donne un droit, pas une obligation — c’est toute la différence avec le forward. Un call donne le droit d’acheter au strike K : il paie max(S − K, 0). Un put donne le droit de vendre au strike K : il paie max(K − S, 0). Dans les deux cas, l’acheteur paie une prime au départ et sa perte se limite à cette prime. Le gain d’un call long est théoriquement non plafonné ; celui d’un put long est plafonné si le sous-jacent ne peut pas valoir moins de zéro.

Sache distinguer le payoff brut du profit net. À l’échéance, un call de strike 100 payé 4 € devient bénéficiaire au-dessus de 104 €, hors financement, frais et multiplicateur. Oublier la prime donne une courbe de profit incorrecte.

La parité call-put sans formule magique

Pour expliquer la parité, pars des payoffs. Prends un call européen long et un put européen court sur le même sous-jacent, de même strike K et même échéance T. Au-dessus du strike, tu exerces le call ; en dessous, le put est exercé contre toi. Dans les deux cas, le payoff net à T vaut S(T) − K : celui d’un forward long dont le prix de livraison est K.

Sous les hypothèses de non-arbitrage, deux portefeuilles au même payoff futur ont la même valeur aujourd’hui. Pour un actif sans revenu, cela donne C − P = S(0) − PV(K) ; avec dividendes ou autres coûts de portage, le membre de droite s’ajuste. Attention au vocabulaire : un forward au prix de livraison du marché vaut généralement zéro à l’initiation, tandis qu’un forward de strike K quelconque peut avoir une valeur non nulle. Les sensibilités de ces options font l’objet des grecs.

Les swaps de taux : échanger fixe contre variable

La mécanique

Un swap de taux vanille dans une même devise échange deux séries de flux d’intérêts calculés sur un notionnel. Une jambe paie un taux fixe, l’autre un taux variable indexé sur une référence de marché, comme l’Euribor. Le notionnel sert généralement au calcul sans être échangé, contrairement à certaines autres familles de swaps. Lorsque les deux jambes sont dans la même devise et payées à la même date, les flux sont habituellement compensés selon la convention du contrat.

Exemple chiffré : sur un notionnel de 10 millions d’euros, tu paies 3 % fixe et reçois un taux variable fixé à 4 % pour une période de six mois. En simplifiant la convention de jours avec un facteur 0,5, le flux net vaut 10 000 000 × (4 % − 3 %) × 0,5 = 50 000 €. Si le taux variable se fixe à 2 %, le signe s’inverse. Oublier le facteur d’année est une erreur classique.

À quoi ça sert

C’est la question qui compte. Une entreprise a emprunté à taux variable et redoute une hausse des taux : elle entre dans un swap où elle paie fixe et reçoit variable. Si indice, dates et notionnel correspondent à ceux de la dette, le variable reçu compense approximativement le variable payé, hors spread de crédit et différences de convention. Elle transforme ainsi son exposition sans renégocier l’emprunt. Les swaps de taux occupent une place centrale sur le marché de gré à gré parce qu’ils permettent ce type d’ajustement.

Ce qu’un desk attend vraiment d’un stagiaire

Pour un entretien junior généraliste, trois réflexes fournissent une base solide :

  • Relier le produit à un usage : pour chaque dérivé, sache dire qui l’utilise, contre quel risque, et qui est en face. Un produit sans client est une abstraction, et ça se voit.
  • Raisonner par payoffs et par scénarios : que devient ma position si le sous-jacent monte de 10 % ou baisse fortement ? Le scénario vérifie les signes avant le calcul détaillé.
  • Assumer une intuition, quitte à l’affiner : donne un ordre de grandeur, pose tes hypothèses, corrige-toi si on te pousse. C’est le mode de pensée du trading.

Pour consolider, entraîne-toi à croiser ces produits avec les questions techniques de marché : une bonne réponse sur le forward nourrit ta compréhension de la parité call-put, tandis que les mêmes réflexes d’actualisation aident sur les swaps. Quand ces briques tiennent ensemble, tu peux raisonner plutôt que réciter.