Tu vises un summer ou un off-cycle en salle de marchés, à Paris ou à Londres, et la partie technique te stresse plus que le fit. Son poids varie fortement entre sales, trading, structuration et rôles quantitatifs. Ce n’est généralement pas un examen de comptabilité : on teste plutôt les produits, les ordres de grandeur et la capacité à raisonner sous relance. Voici cinq familles fréquentes et, surtout, les hypothèses qui empêchent une réponse intuitive de devenir fausse.

Ce que le desk teste réellement

L’interviewer ne cherche pas nécessairement un catalogue de formules. Il veut vérifier que tu peux mobiliser le bon niveau de technique, expliquer un signe et corriger une hypothèse. Un sales, un trader options et un structureur ne placeront pas le curseur au même endroit.

Commence par répondre à la question posée : sens de variation, ordre de grandeur ou calcul exact. Annonce ensuite les hypothèses et vérifie l’unité ; une formule non cadrée n’est pas une réponse précise.

Concrètement, trois réflexes à installer : réponds d’abord au niveau demandé, pense en scénarios (que se passe-t-il si le sous-jacent monte, puis s’il baisse), et annonce tes hypothèses. Verbaliser les étapes clés permet à l’interviewer d’évaluer autre chose que le chiffre final.

Produits et payoffs de base

Ces notions forment souvent le point d’entrée. Une hésitation sur le payoff peut fragiliser toute la suite, car le pricing en découle.

  • « C’est quoi un call ? Dessine-moi le payoff. » Un call donne le droit, pas l’obligation, d’acheter le sous-jacent à un prix fixé (le strike). À l’échéance, tu encaisses max(S − K, 0). Sache tracer la courbe coudée : plate jusqu’au strike, puis à 45°. Le piège classique : oublier la prime payée au départ, qui décale ton vrai seuil de rentabilité au-dessus du strike.
  • « Quelle différence entre un forward et un future ? » Les deux créent une exposition à terme, mais le future est standardisé, compensé et réglé quotidiennement par appels de marge. Le forward est de gré à gré et personnalisable ; son risque de crédit dépend du collatéral et de la contrepartie. Le piège : répondre « aucune différence », car les flux intermédiaires peuvent aussi affecter la valorisation.
  • « Un client achète un put, il parie sur quoi ? » Sur une baisse, ou il s’en protège : le put paie max(K − S, 0). Montre que tu distingues le motif de couverture (il détient déjà l’action) du motif purement spéculatif.

Le pricing intuitif : pourquoi une option a un prix

La famille préférée des interviewers, parce qu’elle sépare ceux qui récitent de ceux qui comprennent.

  • « Pourquoi une option qui peut finir à zéro coûte-t-elle quelque chose ? » Avant l’échéance, elle peut encore générer un payoff positif dans certains scénarios. La prime reflète cette distribution future, l’asymétrie du payoff et les conditions de financement ; elle n’est pas justifiée par la seule phrase « la perte est limitée ».
  • « Deux calls identiques sauf la volatilité implicite : lequel vaut plus ? » Dans le cadre vanille standard et toutes choses égales par ailleurs, celui dont la volatilité implicite est plus élevée. La raison robuste est la convexité du payoff : davantage de dispersion augmente sa valeur attendue sous la mesure de valorisation, pas nécessairement sa simple probabilité de finir dans la monnaie.
  • « Que devient le prix d’un call si on allonge la maturité ? » Pour un call européen sur une action sans dividende, avec taux non négatif, il ne baisse pas. Dividendes, taux négatifs, exercice anticipé ou structure exotique peuvent changer la conclusion : annonce le cadre avant de généraliser.

Probabilités et espérance

On teste ta rapidité mentale et ta rigueur.

  • « Espérance de la somme de deux dés ? » 7. Un dé vaut 3,5 en moyenne, deux dés font 7. Réponds vite, c’est un échauffement destiné à jauger ton réflexe.
  • « Je te paie en euros le nombre de points d’un dé que tu lances. Combien es-tu prêt à payer pour jouer ? » L’espérance du gain est 3,5 €. Un joueur neutre au risque, sans frais ni contrainte, ne paie pas plus de 3,50 € ; un joueur averse au risque peut demander une décote. Distingue valeur d’espérance et prix acceptable.
  • « Pile ou face équilibré : +1 € sur pile, −1 € sur face. Combien vaut ce jeu ? » Zéro en espérance. Une question de suivi naturelle porte sur la variance : deux jeux de même espérance ne présentent pas le même risque.

Marché et macro

On veut voir que tu relies un produit à l’économie réelle.

  • « Les rendements de marché montent : qu’arrive-t-il au prix d’une obligation à taux fixe ? » Toutes choses égales par ailleurs, il baisse, car ses flux sont actualisés à un taux plus élevé. Une hausse du taux directeur de la BCE peut pousser certains rendements à la hausse, mais l’effet dépend aussi de ce qui était anticipé, de la maturité et du risque de crédit.
  • « Différence entre taux nominal et taux réel ? » L’approximation est taux réel ≈ taux nominal − inflation. La relation exacte sur une période est (1 + taux nominal) / (1 + inflation) − 1 : avec 4 % et 3 %, elle donne environ 0,97 %, pas exactement 1 %.
  • « Une courbe des taux qui s’inverse, ça signifie quoi ? » Que le rendement de certaines maturités courtes dépasse celui de maturités plus longues. C’est souvent associé à des anticipations de ralentissement ou de baisse future des taux, sans constituer une prévision certaine. Prépare aussi une vue de marché pour l’entretien à jour si le rôle s’y prête.

Les brainteasers de tri

Objectif : voir comment tu penses sous pression, pas si tu connais l’astuce.

  • Calcul mental rapide : « combien font 17 × 24 ? ». Décompose : 17 × 25 − 17 = 425 − 17 = 408. Verbalise ta méthode, c’est elle qu’on note, pas la vitesse brute.
  • Estimation à la Fermi : « combien de stations de métro à Paris ? ». Pose des hypothèses, enchaîne un ordre de grandeur, assume l’imprécision plutôt que de bloquer.
  • Logique pure : les classiques des chevaux à départager ou des billes à peser. Le guide des brainteasers les décortique un par un.

Le piège commun à toute cette famille : foncer vers le résultat. Ce qu’on observe, c’est ta structure de raisonnement énoncée à voix haute, ta capacité à te corriger et ton calme quand l’interviewer pousse.

Comment t’entraîner sans te disperser

Le périmètre est large mais balisable. Mieux vaut une préparation resserrée qu’un survol de tout.

  • Ancre les payoffs : entraîne-toi à distinguer payoff brut et profit net pour call, put et forward. C’est la base des questions de pricing.
  • Fais du calcul mental tous les jours : cinq minutes de multiplications et de pourcentages, jusqu’à ce que les ordres de grandeur sortent sans effort.
  • Raisonne à voix haute en binôme, avec quelqu’un qui te coupe et te relance comme le ferait un interviewer.
  • Pars du « pourquoi » : pour chaque produit, demande-toi pourquoi il vaut ce qu’il vaut. C’est ce qui te sauve quand la question sort du script.

Un dernier réflexe : relie les familles entre elles. Ton intuition du pricing s’appuie sur les payoffs, puis sur les produits dérivés à connaître et les grecs. Pour chaque réponse, termine par trois contrôles : le signe, l’unité et le cas limite. C’est souvent là qu’une erreur apparemment plausible devient visible.