« Combien de paires de chaussures de running se vendent-elles en France chaque année ? » Pas de données, pas de calculatrice, quelques minutes. Le market sizing intimide, alors que c’est sans doute l’exercice le plus méthodique de l’entretien conseil — donc le plus facile à travailler. Voici comment t’y prendre.
Pourquoi cette question revient sans cesse
Le market sizing est omniprésent parce qu’il teste, en quelques minutes, exactement ce que fait un consultant : décomposer un problème flou, poser des hypothèses raisonnables, calculer juste et interpréter le résultat. Le vrai chiffre n’intéresse personne — c’est ta démarche qu’on évalue.
On ne note pas si tu trouves le bon nombre. On note si on pourrait te confier un client.
La méthode en quatre temps
- Clarifier : précise la question. France entière ou une ville ? Volume (unités) ou valeur (€) ? Par an ? Une définition floue mène à un calcul faux.
- Structurer : annonce ton équation de calcul avant de chiffrer. C’est ta feuille de route.
- Calculer : avance étape par étape, avec des nombres ronds, à voix haute.
- Conclure : donne le résultat, vérifie son ordre de grandeur, et ajoute un « so what ».
C’est la même logique que pour l’étude de cas : structure d’abord, chiffres ensuite, interprétation toujours.
Top-down ou bottom-up
Deux chemins, à choisir selon ce qui simplifie le calcul :
- Top-down : tu pars d’un grand ensemble (la population) que tu réduis par filtres successifs. Idéal pour les marchés grand public.
- Bottom-up : tu pars d’une unité (un magasin, un client type) que tu multiplies. Idéal quand tu connais bien une brique élémentaire.
Tu peux annoncer les deux, choisir la plus simple, et — si le temps le permet — recouper ton résultat avec l’autre. Un recoupement cohérent fait très bonne impression.
Un exemple chiffré (hypothèses volontairement rondes)
Reprenons les paires de running vendues par an en France, en top-down. Toutes les valeurs ci-dessous sont des hypothèses assumées, pas des données réelles :
- Population : ~67 millions d’habitants.
- Part qui court régulièrement : disons ~1 sur 5, soit ~13 millions de coureurs.
- Fréquence d’achat : un coureur régulier renouvelle ses chaussures ~1 fois par an.
- On obtient ~13 millions de paires/an pour les coureurs réguliers.
- Ajoutons les acheteurs occasionnels (running « lifestyle », usage non sportif) : disons +50 %, soit ~6-7 millions de paires.
Résultat : de l’ordre de ~20 millions de paires par an. Le chiffre exact importe peu ; ce qui compte, c’est que chaque hypothèse soit explicite et défendable.
Le « so what » qui change tout
Un bon candidat ne s’arrête pas au nombre. Il ajoute une lecture : « Un marché d’environ 20 millions de paires, dominé par le renouvellement annuel des coureurs réguliers — donc un marché de volume où la fidélité à la marque et le réachat comptent plus que la conquête. » C’est ce réflexe d’interprétation qui fait la différence.
Les pièges classiques
- Se lancer dans les chiffres sans annoncer la structure.
- Choisir des hypothèses impossibles à manipuler de tête.
- S’enfermer dans la recherche du « vrai » chiffre.
- Oublier de vérifier l’ordre de grandeur final (un résultat absurde non signalé est éliminatoire).
- Donner le nombre sans le « so what ».
Entraîne-toi sur dix dimensionnements variés (un service, un produit physique, un marché B2B) et l’exercice deviendra un réflexe. C’est l’un des meilleurs rapports effort/résultat de toute ta préparation.




