Tu envoies le même CV en M&A et en salle de marchés, et les desks ne répondent pas. Le problème peut venir moins de ton parcours que des signaux mis en avant. Un CV de marché ne se lit pas exactement comme un CV M&A : selon le rôle, le lecteur cherchera notamment une compréhension des produits, des compétences quantitatives ou commerciales, et une gestion disciplinée du risque. Voici comment hiérarchiser ces éléments sans caricaturer le métier.

Ce qui change par rapport à un CV M&A

Pour la plupart des candidatures étudiantes à Paris ou Londres, vise une page propre, alignée, sans faute et en anglais lorsque l’offre ou le processus l’exige. Sur ce socle, relis d’abord les fondamentaux d’un CV finance qui passe le screening : ils valent aussi ici. Ce qui change surtout, c’est la hiérarchie du contenu.

En M&A, la modélisation, la connaissance des process de deal et la rigueur d’exécution occupent souvent une place centrale. En marchés, adapte les priorités au poste :

  • L’intérêt documenté pour les marchés. Est-ce que tu suis une classe d’actifs et sais relier un mouvement à ses moteurs ? Un projet, une note de marché ou une expérience fournit un signal plus crédible qu’un adjectif.
  • Les compétences utiles au rôle. Calcul et code pèsent fortement sur certains desks de trading ou de structuration ; compréhension client et communication comptent davantage en sales. La discipline de risque reste plus crédible qu’une simple « appétence au risque ».

La moitié haute du CV doit rendre ce positionnement lisible. Tout ce qui le sert monte ; le reste descend ou disparaît.

Les signaux qui comptent

Maths, probas et statistiques

Pour les rôles quantitatifs, c’est une carte importante. Mets en avant les cours et résultats qui le prouvent : probabilités, statistiques, algèbre, processus stochastiques, un bon rang en prépa ou une distinction dans une matière quantitative. Ne noie pas cela dans une liste de vingt cours : sélectionne les trois ou quatre les plus pertinents pour le poste.

  • Faible : « Cursus en économie et gestion, cours de finance de marché. »
  • Mieux : « Majeure quantitative — probabilités, processus stochastiques, statistiques inférentielles ; classé dans le premier décile en mathématiques. »

La programmation (Python d’abord)

Python est courant sur de nombreux desks, en particulier là où l’analyse de données et l’automatisation comptent. Si tu codes, prouve ton niveau par un projet plutôt que par un simple mot-clé.

  • Faible : « Python, VBA, SQL. »
  • Mieux : « Python — backtesting d’une stratégie de suivi de tendance sur données historiques (pandas, matplotlib), du nettoyage des données à l’évaluation de la performance. »

La deuxième ligne montre que tu as touché à de la vraie donnée et que tu comprends une chaîne complète. C’est ça qui fait cliquer un desk quantitatif.

Le trading personnel, présenté intelligemment

C’est un signal souvent mal utilisé et nullement obligatoire. Bien formulé, un projet de trading réel ou simulé peut montrer que tu as testé une thèse, mesuré un risque et analysé tes erreurs. Mal formulé, il te fait passer pour un joueur naïf.

La règle : ne vends pas une performance isolée, explique le raisonnement et la discipline. Prétendre battre le marché en continu sans benchmark, période ni mesure du risque paraît peu crédible et déclenche des questions difficiles à défendre.

  • Faible : « Trading personnel, +40 % de rendement sur mon portefeuille. »
  • Mieux : « Gestion d’un portefeuille personnel actions/ETF depuis deux ans, avec un cadre de risque écrit (taille de position, stop, thèse par ligne) et un suivi de mes erreurs. »

Le paper trading est acceptable si tu l’assumes comme tel : présenté honnêtement, il vaut mieux qu’un faux track record.

Sur un CV de salle de marchés, un PnL isolé dit peu de chose : période, risque pris et benchmark changent entièrement sa lecture. Explique plutôt la méthode, les limites et la leçon.

Les jeux stratégiques : poker, échecs

Ces activités peuvent fournir un bon sujet de conversation lorsqu’elles reposent sur une pratique sérieuse. Le poker peut illustrer probabilités et gestion de bankroll ; les échecs, calcul et anticipation. Le lien n’est toutefois pas automatique avec la performance professionnelle.

Encore faut-il les formuler comme des activités sérieuses, pas comme un loisir vague.

  • Faible : « Loisirs : poker, échecs, sport. »
  • Mieux : « Poker — jeu régulier en cash game sur deux ans, gestion de bankroll disciplinée et raisonnement en espérance ; échecs, classé en club. »

Club de finance et associatif

Un club de finance de marché, une société de gestion étudiante, un fonds fictif géré en équipe : tout cela montre que ton intérêt dépasse la salle de cours. Décris ton rôle et un livrable concret, pas juste ton adhésion.

  • Mieux : « Responsable poche taux d’un fonds étudiant (encours fictif suivi en équipe) : sélection des positions, note d’investissement mensuelle, présentation devant un jury d’anciens. »

Certifications : utiles ou gadgets

Tout ne se vaut pas, et la pertinence dépend du desk. Une formation reconnue en probabilités ou finance quantitative peut consolider un profil technique ; le CFA peut être plus directement lisible pour certains rôles que pour d’autres. Une accumulation de micro-certificats sans projet derrière remplit surtout de l’espace. Garde uniquement ce que tu peux expliquer et appliquer.

Les erreurs qui fragilisent la candidature

Certaines lignes créent un doute immédiat et peuvent suffire à écarter un dossier déjà très disputé.

  • Le « crypto trading » sans cadre de risque. Écrire « crypto trading » seul, surtout avec un rendement mirobolant, te fait passer pour un parieur. Si tu en parles, cadre-le comme n’importe quel actif : thèse, gestion du risque, ce que tu en as appris. Sinon, retire-le.
  • Lister des cours sans projet concret. Une liste de MOOC et de cours de finance sans réalisation prouve peu. Un projet Python modeste et explicable fournit généralement un signal plus solide.
  • Se prendre pour un hedge fund. Un vocabulaire pompeux (« stratégies long/short alpha-generating ») sur un portefeuille de quelques milliers d’euros sonne faux et se démonte en une question.
  • Le CV M&A recyclé. Mettre uniquement en avant la modélisation et les process de deal sur un CV marchés ne montre pas pourquoi ton profil correspond au rôle visé.
  • Le chiffre invérifiable. Comme partout en finance, tout chiffre écrit devient une porte d’entrée pour une question. Un rendement que tu ne peux pas expliquer te coûtera plus qu’il ne te rapporte.

Une page, lisible en trente secondes

Le test final est simple : donne ton CV à quelqu’un pendant trente secondes, puis reprends-le et demande-lui ce qu’il a retenu. Si les deux ou trois compétences prioritaires du poste ne ressortent pas, ta hiérarchie est à revoir.

Avant d’envoyer, repasse cette check-list :

  • Tient-il sur une page, propre et aligné, sans une faute ?
  • Les compétences prioritaires pour le desk visé sautent-elles aux yeux dans la moitié haute ?
  • Chaque élément de marché (trading, club, jeux) est-il formulé par le raisonnement, pas par la vantardise ?
  • Peux-tu défendre en entretien chaque chiffre et chaque terme technique écrit ?
  • As-tu retiré les performances invérifiables et les éléments sans rapport avec le desk ?

Une fois ton CV calibré, l’étape suivante est l’oral : prépare le fit en entretien marchés, là où le desk vérifiera en direct tout ce que tu as promis sur cette page.