Tu vises un summer ou un off-cycle en salle de marchés, à Paris ou à Londres, et la partie technique de l’entretien te stresse plus que le fit. C’est le bon instinct : c’est là qu’on trie. Mais contrairement au M&A, la technique en Sales & Trading n’est pas un examen de comptabilité. On teste ta vitesse de raisonnement, ton intuition des produits et ton sang-froid quand un chiffre doit sortir en dix secondes. Voici les cinq familles de questions qui reviennent vraiment, avec la logique attendue et le piège de chacune.

Ce que le desk teste réellement

Un trader ou un sales qui te reçoit ne cherche pas un candidat qui connaît toutes les formules. Il cherche quelqu’un avec qui il pourra raisonner à voix haute sur un marché, qui ne panique pas devant une question de proba, et qui a une intuition juste des produits.

On ne te note pas sur la formule exacte, mais sur la vitesse et la justesse de ton intuition : un bon candidat donne un ordre de grandeur juste en dix secondes, puis l’affine.

Concrètement, trois réflexes à installer : donne toujours un ordre de grandeur avant de plonger dans le détail, pense en scénarios (que se passe-t-il si le sous-jacent monte, puis s’il baisse), et assume tes hypothèses à voix haute. Un candidat qui pense en silence perd, même quand il a la bonne réponse en tête.

Produits et payoffs de base

Le point d’entrée. Si tu hésites ici, l’entretien s’arrête vite.

  • « C’est quoi un call ? Dessine-moi le payoff. » Un call donne le droit, pas l’obligation, d’acheter le sous-jacent à un prix fixé (le strike). À l’échéance, tu encaisses max(S − K, 0). Sache tracer la courbe coudée : plate jusqu’au strike, puis à 45°. Le piège classique : oublier la prime payée au départ, qui décale ton vrai seuil de rentabilité au-dessus du strike.
  • « Quelle différence entre un forward et un future ? » Même payoff économique — un engagement d’acheter à terme à un prix fixé — mais le future est standardisé, coté et appelé en marge chaque jour. Le forward est de gré à gré, sur mesure, avec un risque de contrepartie. Le piège : répondre « aucune différence » ; l’appel de marge quotidien modifie bien les flux de trésorerie.
  • « Un client achète un put, il parie sur quoi ? » Sur une baisse, ou il s’en protège : le put paie max(K − S, 0). Montre que tu distingues le motif de couverture (il détient déjà l’action) du motif purement spéculatif.

Le pricing intuitif : pourquoi une option a un prix

La famille préférée des interviewers, parce qu’elle sépare ceux qui récitent de ceux qui comprennent.

  • « Pourquoi une option qui peut finir à zéro coûte-t-elle quelque chose ? » Parce que tu paies pour un droit asymétrique : ton gain est potentiellement grand, ta perte est plafonnée à la prime. Cette asymétrie a une valeur en soi, même quand l’issue est incertaine.
  • « Deux calls identiques, l’un sur une action calme, l’autre sur une action très volatile : lequel vaut plus ? » Celui sur l’action volatile. Plus le sous-jacent bouge, plus la probabilité de finir loin dans la monnaie grimpe — et comme ta perte reste plafonnée, la volatilité ne joue qu’en ta faveur. C’est l’intuition centrale : une option est un pari sur la volatilité.
  • « Que devient le prix d’un call si on allonge la maturité ? » Il monte : plus de temps, c’est plus de chances que le sous-jacent bouge en ta faveur, et la perte reste bornée. Le piège : généraliser à tout ; un put européen très dans la monnaie peut réagir autrement à cause de l’actualisation du strike.

Probabilités et espérance

On teste ta rapidité mentale et ta rigueur.

  • « Espérance de la somme de deux dés ? » 7. Un dé vaut 3,5 en moyenne, deux dés font 7. Réponds vite, c’est un échauffement destiné à jauger ton réflexe.
  • « Je te paie en euros le nombre de points d’un dé que tu lances. Combien es-tu prêt à payer pour jouer ? » L’espérance du gain est 3,5 €. Un joueur neutre au risque paie jusqu’à 3,50 €. Le piège : oublier que ton prix d’entrée doit rester sous l’espérance pour que le jeu te soit favorable.
  • « Pile ou face équilibré : +1 € sur pile, −1 € sur face. Combien vaut ce jeu ? » Zéro en espérance. La vraie question de suivi porte presque toujours sur la variance : deux jeux de même espérance ne se valent pas si l’un est bien plus risqué que l’autre.

Marché et macro

On veut voir que tu relies un produit à l’économie réelle.

  • « La BCE monte ses taux : qu’arrive-t-il au prix d’une obligation à taux fixe déjà émise ? » Il baisse. Les nouvelles obligations offrent un coupon plus généreux, donc l’ancienne, moins attractive, perd de la valeur. Sens de variation à ne jamais rater : prix et taux évoluent à l’inverse l’un de l’autre.
  • « Différence entre taux nominal et taux réel ? » Le taux réel, c’est le nominal moins l’inflation. Si ton placement rapporte 4 % et que l’inflation tourne à 3 %, ton pouvoir d’achat ne progresse que d’environ 1 %.
  • « Une courbe des taux qui s’inverse, ça signifie quoi ? » Que les taux courts passent au-dessus des taux longs, souvent lu comme un signal de ralentissement anticipé. On n’attend pas une thèse d’économiste, mais une lecture propre. Travaille ta vue de marché pour l’entretien séparément, car elle tombe presque à chaque fois.

Les brainteasers de tri

Objectif : voir comment tu penses sous pression, pas si tu connais l’astuce.

  • Calcul mental rapide : « combien font 17 × 24 ? ». Décompose : 17 × 25 − 17 = 425 − 17 = 408. Verbalise ta méthode, c’est elle qu’on note, pas la vitesse brute.
  • Estimation à la Fermi : « combien de stations de métro à Paris ? ». Pose des hypothèses, enchaîne un ordre de grandeur, assume l’imprécision plutôt que de bloquer.
  • Logique pure : les classiques des chevaux à départager ou des billes à peser. Le guide des brainteasers les décortique un par un.

Le piège commun à toute cette famille : foncer vers le résultat. Ce qu’on observe, c’est ta structure de raisonnement énoncée à voix haute, ta capacité à te corriger et ton calme quand l’interviewer pousse.

Comment t’entraîner sans te disperser

Le périmètre est large mais balisable. Mieux vaut une préparation resserrée qu’un survol de tout.

  • Ancre les payoffs : entraîne-toi à dessiner call, put et forward les yeux fermés, prime comprise. C’est la base éliminatoire.
  • Fais du calcul mental tous les jours : cinq minutes de multiplications et de pourcentages, jusqu’à ce que les ordres de grandeur sortent sans effort.
  • Raisonne à voix haute en binôme, avec quelqu’un qui te coupe et te relance, exactement comme sur le desk.
  • Pars du « pourquoi » : pour chaque produit, demande-toi pourquoi il vaut ce qu’il vaut. C’est ce qui te sauve quand la question sort du script.

Un dernier réflexe : relie les familles entre elles. Ton intuition du pricing s’appuie sur ta maîtrise des payoffs, qui nourrit ta lecture des produits dérivés à connaître et des grecs. Quand les briques s’emboîtent, tu n’as plus rien à réciter, et c’est précisément le signal que cherche le desk.