Tu connais peut-être le fit en entretien conseil de façon générale, mais McKinsey a sa propre version, le PEI, et elle surprend les candidats mal préparés. Au lieu d’enchaîner les questions, l’interviewer choisit une de tes histoires et la creuse pendant de longues minutes, relance après relance. Si ton récit est trop superficiel, tu te retrouves vite à court de matière. Cet article t’explique ce qu’est le PEI, ce qu’il mesure et comment construire des histoires assez profondes pour tenir la distance.
Qu’est-ce que le PEI
PEI signifie Personal Experience Interview. C’est la composante « fit » des entretiens McKinsey, qui se déroule en général en parallèle d’une étude de cas dans le même rendez-vous. L’interviewer te demande de raconter une expérience personnelle illustrant une dimension donnée, puis il creuse : pourquoi as-tu fait ce choix ? Comment ont réagi les autres ? Qu’aurais-tu fait différemment ?
La grande différence avec un fit standard, c’est la profondeur. On ne te demande pas cinq anecdotes courtes, mais une seule histoire que tu dois maîtriser dans le détail. Les questions de relance cherchent à dépasser la version « préparée » pour voir comment tu penses vraiment.
Au PEI, ce n’est pas l’histoire qui est notée, c’est ta capacité à rester précis et sincère quand on la creuse en profondeur.
Les dimensions évaluées
McKinsey fait évoluer la formulation de ses dimensions au fil du temps, donc traite ce qui suit comme des grandes familles plutôt que comme une liste figée — vérifie le format en vigueur au moment où tu postules. On retrouve typiquement :
- Le leadership (entrepreneurial drive / leadership) : ta capacité à entraîner les autres, à prendre des initiatives, à porter un projet.
- L’impact personnel (personal impact) : ta capacité à convaincre, à faire bouger une situation par ton influence propre.
- La résolution de conflit ou de problème : comment tu gères un désaccord, une tension, ou un obstacle imprévu.
Chaque entretien se concentre en général sur une dimension. Comme tu en passes plusieurs, prépare-toi à couvrir chacune avec des histoires distinctes.
Construire une histoire qui tient la profondeur
Une histoire de PEI doit supporter dix minutes de questions. Cela change la façon de la préparer par rapport à un fit classique.
Choisir une expérience à fort enjeu personnel
Privilégie une situation où tu as réellement décidé, pris des risques, ressenti une difficulté. Un projet où tu n’étais qu’un exécutant ne donnera pas de matière aux relances. Les meilleures histoires viennent souvent d’engagements associatifs, de projets que tu as lancés, ou de moments où tu as dû convaincre des gens qui n’étaient pas d’accord.
Documenter les détails à l’avance
Avant l’entretien, écris pour chaque histoire :
- Le contexte précis (qui, combien de personnes, quel enjeu).
- Les décisions que tu as prises et le raisonnement derrière chacune.
- Les réactions des autres et comment tu y as répondu.
- Les moments de doute ou de tension.
- Le résultat, et ce que tu en as retiré.
Ce sont ces détails que l’interviewer ira chercher. Si tu n’y as pas réfléchi avant, tu improviseras, et l’improvisation sous pression révèle vite les histoires gonflées.
S’appuyer sur STAR, puis aller plus loin
La trame STAR (Situation, Tâche, Action, Résultat) reste un bon squelette pour ton récit d’ouverture. On la détaille dans l’article sur le fit en conseil avec la méthode STAR. Mais au PEI, STAR n’est que le point de départ : ta réponse initiale dure une à deux minutes, et le vrai travail commence avec les relances.
Un exemple de structure
Imagine une histoire de leadership tirée d’une association étudiante. Ta réponse d’ouverture pourrait suivre cette logique :
- Situation : tu reprends une équipe démotivée, un événement à organiser en peu de temps.
- Tâche : ton rôle précis, l’objectif que tu t’es fixé.
- Action : comment tu as réorganisé le travail, géré les réticences, pris des décisions difficiles.
- Résultat : l’événement tenu, ce que tu as appris sur ta façon de mener.
Puis attends-toi à des relances du type : Pourquoi cette personne était-elle réticente ? Qu’as-tu fait quand elle a refusé ? As-tu envisagé une autre approche ? Chaque relance teste si tu maîtrises vraiment ta propre histoire.
Les pièges spécifiques au PEI
- L’histoire trop fine. Tu épuises ta matière en deux relances et tu te répètes. Choisis une expérience riche.
- Le « on » qui dilue ton rôle. Au PEI plus encore qu’ailleurs, l’interviewer veut savoir ce que tu as décidé.
- La version embellie. Les relances font tomber les histoires exagérées. Reste sur du vécu réel, même imparfait.
- L’absence de réflexion. Si tu ne sais pas dire pourquoi tu as agi ainsi ni ce que tu changerais, ton impact semble accidentel.
- Réutiliser la même histoire partout. Sur plusieurs entretiens, tu dois varier ; prépare au moins deux récits par dimension.
Préparer le PEI dans son contexte
Le PEI ne se joue jamais seul : il accompagne l’étude de cas et s’inscrit dans la culture propre de McKinsey, différente de celle de BCG ou Bain. Comprendre ces nuances aide à calibrer ton discours, comme on le voit dans l’article sur les différences entre McKinsey, BCG et Bain.
Pour t’organiser :
- Sélectionne 4 à 6 expériences à fort enjeu, réparties sur les grandes dimensions.
- Documente chacune en détail (décisions, réactions, doutes, résultat).
- Entraîne-toi avec un binôme qui te relance sans relâche sur le « pourquoi » et le « comment ».
- Vérifie le format exact du PEI au moment où tu postules, car il évolue.
Le jour de l’entretien, l’objectif n’est pas de réciter une belle histoire mais de montrer, sous les relances, que tu réfléchis avec lucidité à tes propres actions. C’est cette profondeur, et non la perfection du scénario, que le PEI cherche à révéler.




